La bombe

Diffusion : Mercredi 21 novembre 20 h

Rediffusions : Jeudi 22 novembre 14 h et 23 h, dimanche 25 novembre 20 h

Le bestiaire

Les trois mouvements d'extrême-droite les plus marquants de l'histoire.

Skinhead

Des jeunes prolétaires désoeuvrés et rasés devenus racistes.

Le nom « skinhead » souligne le trait physique le plus caractéristique du mouvement; par définition, le crâne d'un skinhead est rasé à la peau. Cette coupe est donc l'emblème du mouvement né au Royaume-Uni à la fin des années 1960.

La première vague est moins politique qu'ouvrière. En effet, les premiers skinheads ont en commun d'être de jeunes prolétaires, pour reprendre un terme popularisé par Marx, n'en déplaise à l'extrême-droite. Outre leurs origines sociales généralement modestes, les skinheads se rejoignent dans leurs passe-temps préférés: se battre et écouter de la musique jamaïcaine. Aux origines, les skinheads sont racialement inclusifs; noirs et blancs se joignent librement.

L'éventuelle radicalisation d'extrême-droite du mouvement découle de deux phénomènes concomitants; la grave récession qui secoue le Royaume-Uni au milieu des années 70, et la naissance, à la même époque, de la musique punk rock. Influencées par le ska jamaïcain, les figures de proue de cette révolution musicale n'hésitent pas à se plaindre du taux de chômage et de la déchéance qui en découle dans leurs chansons.

Dans cette mouvance émerge le groupe britannique Skrewdriver, dont les textes anti-immigration plaisent à une partie des skinheads fâchés par leur situation: « I stand and watch my country, going down the drain. We are all at fault now, we are all to blame. We're letting them takeover, we just let 'em come. Once we had an empire, and now we've got a slum. White power! For England! White power! Today. White Power! For Britain. Before it gets too late. »

Tous les skinheads ne sont pas racistes. Il existe même des groupuscules antifascistes comme SHARP - skinheads against racial prejudice. Or les skinheads auxquels réfère spontanément notre imaginaire collectif, qui ont une existence bien réelle, partagent plusieurs idéologies: néonazisme, suprémacisme blanc, antisémitisme, homophobie. Ils vouent une haine particulière aux communistes. 

Des îles britanniques, le mouvement a essaimé; on trouve aujourd'hui des skinheads partout dans le monde, de l'Australie jusqu'au Canada, en passant par l'Afrique du Sud. Les skinheads sont particulièrement nombreux, loquaces et violents en Europe de l'Est. Partout, leur look est le même: bottes aux genoux et lacets blancs, jeans serrés, bretelles, manteau d'aviateur… et crâne rasé.

KKK

Des suprémacistes blancs dans un habillement menaçant.

Le Ku Klux Klan, c'est le clan du cercle. « Ku Klux » est en effet une adaptation créative du grec « kyklos », qui signifie « cercle », un concept politique élaboré par Platon selon lequel les formes de gouvernement se suivent, mais ne se ressemblent pas.

Fondé au Tennessee en 1865, le KKK est d'abord un club social sans véritable objectif sinon que d'amuser ses membres. Toutefois, certains d'entre eux se radicalisent face aux conséquences de la Guerre de Sécession. Quand les Confédérés du Sud perdent aux mains des Yankees du Nord, les gouvernements des états vaincus sont remplacés par des républicains, parfois afro-américains. Dès lors, la mission du klan réactionnaire est de résister à cette situation, en se rendant coupable de violences inouïes envers des esclaves libérés.

D'emblée, les membres du KKK s'affublent de costumes colorés, les emblématiques chapeaux coniques et robes longues, qui servent à la fois à impressionner, à inquiéter et à dissimuler leur identité. La première vague s'aplanit avec la fin de la Reconstruction, dans les années 1870.

Le film muet The Birth of a Nation, dans lequel D.W. Griffith raconte la naissance du klan, provoque la résurgence du groupe suprémaciste blanc, dès 1915. L'imagination du réalisateur est d'ailleurs à l'origine de certains symboles forts du KKK. Associés aux violences du passé, les costumes blancs immaculés et les croix en feu qu'invente D.W. Griffith servent désormais au terrifiant marketing du klan. Les défilés en masse, dont le seul objectif est l'intimidation des Afro-Américains, des catholiques et des juifs, deviennent sa principale activité.

Ces manifestations, et l'embauche de recruteurs rémunérés par l'organisation, ont pour conséquence le gonflement de ses rangs. Vers 1925, les leaders estiment à quatre ou cinq millions le nombre de sympathisants du klan. La Deuxième Guerre mondiale va étouffer ce deuxième mouvement.

Le dernier soubresaut du KKK est une réaction - meurtrière - au mouvement des droits civiques, par lequel les Afro-américains et les progressistes en général ont tenté de mettre un terme à la ségrégation raciale aux États-Unis dans les années 1950 et 1960. Les quelque 5000 membres  qui sévissent encore à ce jour appartiennent à cette « dernière » incarnation du Ku Klux Klan.

Nazis

Le parti politique le plus infâme de l'histoire de la démocratie.

Le mot « nazi » est une contraction de « Nationalsozialistische », qui signifie national-socialiste, comme dans le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, au pouvoir de 1933 à 1945.

En 1917, au terme d'une violente révolution, la Russie devient communiste. Quelques mois plus tard, la Première Guerre mondiale achève. Par le Traité de Versailles de 1919, les alliés victorieux imposent des sanctions sévères aux Allemands vaincus.

Menacés par les communistes à l'Est, opprimés par les Anglais et les Français à l'Ouest, les Allemands pâtissent. C'est dans ce contexte que des politiciens s'assemblent à Munich et fondent le Parti travailliste. À l'origine, ses orientations politiques sont floues, si ce n'est la réaction face à la menace et l'oppression. En 1919, l'armée allemande ordonne que la petite organisation soit infiltrée. Or le caporal chargé de l'enquête se détourne rapidement de sa mission; adhère au parti; en devient même le plus brillant orateur. Il s'agit d'Adolf Hitler.

Dans les mois qui suivent, Hitler participe à l'élaboration du programme en 25 points, dans lequel les intentions du jeune parti sont plus claires. Entre autres choses, les nazis proposent d'abroger le traité de Versailles, de retirer la citoyenneté aux juifs, de mettre un frein à l'immigration et d'expulser les immigrants de trop…

Dès ses origines, le parti s'impose par la violence. C'est d'ailleurs lors d'une tentative de putsch qu'Adolf Hitler est arrêté, revolver au poing. Son parti est interdit. Il est jeté en prison. De sa cellule, il écrit Mein Kampf. Mon combat.

Dans ce traité touffu publié en 1925, le futur führer libéré de prison raconte comment et pourquoi il est devenu à la fois antisémite et militariste. Sans que l'extermination des juifs ne soit jamais clairement évoquée, Hitler suggère quand même, en évoquant le premier conflit mondial, que « si, pendant la guerre, les corrupteurs hébreux de la nation avaient été soumis à des gaz toxiques, le sacrifice de millions d'Allemands au front n'aurait pas été vain. »

Élus démocratiquement en 1933, Hitler et les nazis ont armé l'Allemagne et déclenché la Deuxième Guerre mondiale. Durant leur règne, ils ont appliqué leurs politiques antisémites en exterminant des millions de juifs, ainsi que des personnes handicapées, des opposants politiques, des homosexuels, des Roms.